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- "SAINT-JUST ET LA FORCE DES CHOSES" - PATRICE ALEXSANDRE

Il est peut-être juste et bon de dissiper d’avance un malentendu qui pourrait survenir – contrairement à ce que l’on aurait pu croire, je ne suis pas «amoureuse» de Patrice Alexsandre. Pendant des années j’ai été passionnée par la vie de Saint-Just mais je me désintéressais de celle du comédien qui l’avait incarné à l’écran. Ce n’est qu’en 2001, en revoyant «Saint-Just» après 12 ans de coupure, que j’ai pris conscience de l’importance que devait avoir le jeu des acteurs pour que le film puisse produire une si forte impression. Ce changement qui a bouleversé ma vie en 1989, je le devais donc aussi à Patrice Alexsandre et à la force de son interprétation, et j’ai voulu simplement lui dire merci pour ce rôle de catalyseur qu’il a, sans le savoir, joué dans ma vie.

Les recherches que j’ai alors menées pour le contacter, m’ont révélé la triste vérité: Patrice Alexsandre était décédé. Mais ces mots de reconnaissance que je n’ai pas pu lui dire, continuaient de cogner dans mon cœur. J’ai alors pensé que je pourrai le remercier en faisant un travail pour la sauvegarde de sa mémoire, comme lui avait contribué à faire durer la mémoire de Saint-Just...

- PATRICE ALEXSANDRE -
(04.01.1948 - 01.10.1998)

Patrice Alexsandre, de son vrai nom Patrice Xavier Dupont, est né à Vincennes. Son père était sous-chef du bureau au Ministère de la Reconstruction, sa mère institutrice. Après les études secondaires au lycée Janson de Sailly, Patrice entre au Conservatoire des Arts dramatiques de Paris. Il s'inscrit en classe dirigée par Antoine Vitez et fréquente en parallèle les cours Simon. Après un court moment d'hésitation devant la tentation de la danse, il s'engage définitivement sur la voie de comédien. Ce choix, il ne le regrettera jamais; plus tard, il dira: «Je me sens privilégié; je fais le métier que j'ai toujours rêvé de pratiquer».

En 1968, Patrice apparaît pour la première fois sur scène dans les deux pièces de Françoise Sagan, «L'écharde» et «Le cheval évanoui». En février 1972, il monte au Conservatoire son oeuvre diplômante, le «Fantasio" d'après l'Alfred de Musset dont il assume l'adaptation, la mise en scène et l'interprétation.

Au début des années 70, il commence à tourner, au cinéma d'abord, puis à la télévision. En 1974 obtient le rôle de Saint-Just dans le téléfilm «Saint-Just et la force des choses» de Pierre Cardinal, et restera toujours le meilleur Saint-Just qui ait jamais paru à l'écran. Il y a entre acteur et son personnage, une coïncidence parfaite, tant sur le plan physique que caractériel et psychologique, et le film entier est marqué par la conviction exceptionnelle de son interprétation, par l'intégrité de son personnage. Patrice était né pour ce rôle, tout comme il l'était pour celui de Dorian Gray.

Pour la carrière cinématographique de Patrice, c'est l'épanouissement. Beau et distingué, aristocratique, extravagant et bel esprit, il tourne avec les grands cinéastes, comme Jeanne Moreau («Lumière») ou Roman Polanski («Le locataire»), sans oublier le théâtre pour autant. Sa prestation dans le rôle-titre de «Dorian Gray» mis en scène par Pierre Boutron a connu un véritable triomphe (1976). L'année suivante, Boutron a réalisé un film d'après son spectacle, présenté hors concours au festival de Cannes.

Alexsandre avait également tourné de nombreux films de télévision, chez les réalisateurs connus, tels qu'Edouard Molinaro, Nina Companeez ou Marion Sarraut. Très ami avec Nina Companeez, il avait participé à l'une de ses grandes réussites, le feuilleton «Les Dames de la Côte», qui retrace l'histoire tumultueuse de deux familles parentes la veille, durant et après la Grande Guerre. Il y joue Robert, le frère de Fanny, l'héroïne du film dont le rôle est interprété par sa grande amie Fanny Ardant. C'est d'ailleurs Patrice qui l'a présentée à Nina pour ce rôle... Un autre personnage central du film, Marcel, cousin et mari de Fanny, est joué par son autre ami de longue date, Francis Huster.

Le public a aussi bien aimé les «Claudines» d'Edouard Molinaro, d'après la célèbre œuvre de Colette, avec Alexsandre comme Marcel, le cousin de Claudine, ou sa «Veuve rouge», un film haut en couleurs, relatant l'histoire d'un crime étrange et controverse du début du siècle dernier, dont la maîtresse du président Félix Faure s'est trouvée mêlée. Fin des années 80, les téléspectateurs ont vu Alexsandre dans plusieurs feuilletons: «Le Gerfaut», «La comtesse de Charny», «Les nuits révolutionnaires».

Néanmoins, Patrice restait avant tout un homme de théâtre. Dans les années 70-80, il a joué dans des plusieurs pièces à succès. Le spectre de ses personnages varie de Néron dans «Britannicus» de Daniel Mesguich et le poète Gérard de Nerval de «On loge la nuit… café à l'eau» de Jean-Michel Ribes au dandy Contat du «Sablier» de Nina Companeez ou au clochard en mal de vivre dont l'existence se disloque en «Fragments» de Danièle Chutaux… Il lui était facile de marier ces facettes si différentes de la nature humaine - peut-être parce que c'étaient tout simplement les siennes? N'avait-il pas en lui-même l'âme d'un poète en crise et les jugements autoritaires d'un despote, n'était-il pas un dandy marginalisé et un comédien du cœur risquant, comme tant d'intermittents du spectacle, de se retrouver un jour au bord de la route?

Jusqu'à la fin de sa carrière artistique, Patrice n'a pas trahi son apparence du dandy recherché, plein d'élégance raffinée. Il n'avait pas besoin de costume scénique pour créer cette image aristocratique, car même vêtu en jeans, il ne rassemblait à personne. Il faisait l'impression d'appartenir à une autre époque et d'ailleurs, n'avait-il pas déclaré ne pas aimer le monde moderne? Il aimait jouer les personnages sensibles, fougueux, nerveux, les hommes en contradiction avec leur temps et leur entourage, «je déteste la tiédeur», disait-il.

Ses amis le décrivent comme quelqu'un de passionné, émouvant, bouleversant, au caractère certes difficile dont les replis compliqués n'étaient compensés que par la profondeur de ses sentiments et jugements, par une érudition étonnante et une émotivité sublime. Fantasque et peu conciliant, l'un des traits dominants de son caractère étaient ses jugements sans appel; si quelque chose ou quelqu'un ne trouvait pas grâce à ses yeux, il n'y avait presque aucune chance de le faire changer d'avis. Se sachant précieux et singulier, il revendiquait haut et fort son originalité: «On m'accuse d'être un caractériel. Je suis un solitaire qui n'aime pas se fondre dans les collectivités, mais j'aime les gens comme des pommes ou des meubles». Il reprenait volontiers à son compte ce mot de Jean Cocteau: «ce que le public te reproche, cultive-le, parce que c'est toi».

Dans les années 90, Patrice a continué de tourner dans les feuilletons de télévision; sa dernière apparition sur le petit écran date de 1997, dans un épisode de la série télé «Une femme d'honneur» avec Corinne Touzet. Au cinéma, on ne saurait oublier sa prestation dans «Vent d'Est» de Robert Enrico qui parle des événements tragiques de fin de guerre lorsque Liechtenstein s'est vu demander l'extradition vers l’Union Soviétique des survivants de l'Armée de la Libération Russe ayant trouvé refuge sur son territoire, Alexsandre a prêté sa prestance svelte et élégante au personnage de François-Joseph II, prince du Liechtenstein. Au théâtre, on lui connait aussi un rôle royal - celui de l'empereur Joseph II dans le spectacle «Amadeus» monté par Jean-Luc Tardieu en janvier 1991, année des 200 ans de la mort de Mozart.

Malgré ces prestations, passé la quarantaine, Patrice avait connu dans les années 90 quelques périodes difficiles. Le métier de comédien est sans doute le plus injuste au monde, et rien n'est aussi aléatoire que le succès scénique. Alors, désœuvré et solitaire, il s'est consacré un moment à l'écriture d'un roman, puis s'est essayé dans l'emploi de metteur en scène. Il est vrai qu'il a déjà fait une tentative en 1989, ayant travaillé doublement, en tant qu'acteur et metteur en scène, sur le spectacle «A la nuit, la nuit» d'après François Billetdoux où il jouait en duo avec Joséphine Derenne. En 1995, il met en scène la pièce de Yasmina Reza, «L'homme du hasard», avec ses collègues de plusieurs films Michel Aumont et Françoise Fabian, qui parle d'une rencontre fortuite entre un écrivain à la mode, fatigué et dégoûté, et sa lectrice fidèle, rencontre qu'ils ont attendue, sans le savoir, toute leur vie.

En 1998, il travaillait sur un projet de mise en scène de la pièce «Les papiers d'Aspern» d'Henri James, lorsqu’un fâcheux accident de circulation avait emporté sa vie. Le 29 septembre, à deux pas de chez lui, Patrice Alexsandre avait été renversé par un motard ayant grillé le feu rouge. Transporté inconscient à l'hôpital, il y décède deux jours plus tard, sans sortir du coma. Peu lui en fallut d'être enterré anonymement dans une fosse commune, mais grâce aux recherches énergiques de ses amis, ce sort lui a été épargné. Patrice Alexsandre est inhumé au caveau familial au cimetière de Saint-Raphaël. (voir les photos de sa tombe)


Je remercie chaleureusement Monsieur Roger JOUAN pour son aide inestimable dans ma recherche sur Patrice Alexsandre

Mise en ligne: 1er octobre 2007

Scénographie et filmographie de Patrice Alexsandre

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- 25 AOUT 2006 -
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